Welcome (back) to Hell: les blessures ravivées de Sarajevo

Il y a trente ans démarrait le conflit le plus meurtrier à ce jour en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale : la guerre de Bosnie-Herzégovine. En trois ans, elle a fait plus de 100.000 morts. Comme pour beaucoup d’habitants de la région, la guerre en Ukraine a réveillé chez Sonia Bakaric, à l’époque correspondante à Zagreb, des souvenirs douloureux.  

Paris - Trente ans ont passé depuis le début de la guerre en Bosnie, le plus meurtrier des conflits qui ont découlé de l’éclatement de la Yougoslavie, mais les souvenirs de sa brutalité ne s’effaceront jamais de ma mémoire. 

Ils sont ravivés par la guerre en Ukraine qui, pour les civils, rappelle en de nombreux points ce conflit au cœur de l’Europe. A une heure à vol d’oiseau de Sarajevo, ville qui a subi le plus long siège de l’histoire récente, la mort, les bombardements, la peur, la faim et l’exode sont de retour sur le continent. 

Le même sort se répète pour civils et combattants en première ligne: villes pilonnées, populations déplacées, appels désespérés à l’aide de civils terrés dans des abris, soupçons d’exécutions sommaires, bombardements et frappes qui n’épargnent ni les écoles ni les hôpitaux.

 

La mairie de Sarajevo, illuminée avec les couleurs du drapeau ukrainien, le February 24, 2022, jour du démarrage de l'invasion russe de l'Ukraine (AFP / Elvis Barukcic)

 

Les souvenirs du printemps de 1992, quand la Bosnie-Herzégovine décide de se détacher du bloc yougoslave, refont surface.

A l'époque,  la crainte d'un conflit effroyable sur ce territoire avait gagné les esprits.  Les horreurs de la guerre qui fait déjà rage en Croatie et le soutien affiché aux serbes de Bosnie par l'armée de la République fédérale de Yougoslavie (JNA), font craindre des massacres à grande échelle dans ce territoire multiethnique où cohabitent aussi plusieurs religions: 43% de musulmans, 33% de Serbes orthodoxes, 17% de Croates catholiques... 

 

 

La grande majorité de la population serbe de Bosnie refuse l’indépendance. Les musulmans et les Croates, eux, ne veulent plus vivre sous le diktat de Belgrade, cœur du pouvoir central yougoslave en Serbie. A cela s'ajoute la crainte que les familles soient déchirées, car on comptait en Bosnie de nombreux mariages mixtes.

 

"Volontaires" serbes sur la ligne de front, dans la bataille pour Vukovar, en Croatie, le 5 octobre 1991 (AFP / Marja Illic)

 

Troupes serbes à 40 km de Zagreb, le 4 juillet 1991 (AFP / Joel Robine)

 

A l'époque, j'étais fraichement diplômée en droit international et européen à la Sorbonne et dès 1991, j'ai décidé de m'installer à Zagreb, en Croatie, comme “free-lance”. Française d’origine croato-bosnienne, j’ai plus tard intégré l’AFP, en tant que correspondante. Le bureau de Zagreb deviendra par la suite de facto notre bureau régional pour l'ex-Yougoslavie. J’y ai travaillé entre 1993 et l’année 2000.

Depuis Zagreb, je me suis rendue sur le terrain dans bien des villes pilonnées de la région: de Petrinja, Osijek, Nustar, puis Mostar, Bihac et Sarajevo… Je revois encore les visages de ma famille maternelle et de mes amis en Bosnie qui redoutaient une guerre terrible chez eux tout en espérant jusqu’au dernier moment que celle-ci les épargnerait quand même. La beauté lumineuse des vastes champs de pruniers en fleurs de mon enfance en Bosnie n’avait plus rien de rassurant. Nous retenions notre souffle.

Au printemps de 1992, les nouvelles de la région diffusées sur les volumineux postes de radio en bois aux écrans listant les capitales du monde résonnaient dans les maisons bosniaques et s’échappaient jusque dans les rues. Les visages des présentateurs des journaux télévisés étaient graves. Les rédactions du monde entier dépêchaient leurs “envoyés spéciaux”.

 

Soldats serbes déployés dans la région de Knin dans le sud de la Croatie, en février 1993 (AFP / Gabriel Bouys)

 

La guerre a commencé le 5 avril 1992, quand les habitants de Sarajevo sont descendus dans la rue pour crier leur attachement à la paix.

Ce jour-là, j'étais avec ma famille près de la ville de  Tuzla, dans le nord-est de la Bosnie, à une centaine de kilomètres. A l'époque, je faisais des aller-retour entre Paris et Zagreb en Croatie, terre paternelle, et la Bosnie, d'où était ma famille maternelle. A Tuzla, de nombreux voisins serbes étaient partis, comme en Croatie auparavant, et c'était très mauvais signe. Je me souviens avoir ramené des médicaments pour ma grand-mère malade, anticipant la guerre. 
 

Frappe aérienne à Sarajevo, le 5 juin 1992 (AFP / Georges Gobet)

 

La manifestation pour la paix du 5 avril 1992 à Sarajevo, ville où la Première guerre mondiale a éclaté, a pris de l’ampleur au fil des heures. Le drapeau national yougoslave a été foulé au sol. Des groupes de Serbes encagoulés avaient déjà dressé des barricades, distillant la peur dans les quartiers.

Ce jour-là deux femmes, les premières victimes, Suada Dilberovic et Olga Sucic, sont fauchées par des tirs de snipers, ces francs-tireurs embusqués qui deviendront tristement célèbres à Sarajevo.  

Des soldats des forces spéciales de Bosnie ripostent après avoir été visés par des snipers serbes, le 6 avril 1992 à Sarajevo. Ce jour-là, des snipers ont visé des manifestants qui marchaient pour la paix, alors que des combats faisaient déjà rage entre Bosniaques et Serbes dans la ville. (AFP / Mike Persson)

 

Un monde s’effondre. La panique, la peur de mourir. Puis viendront les tirs d’artillerie, les bombardements par les forces serbes.

Des civils refusant de prendre parti quittent la ville tant qu’ils le peuvent. “Nous ne savons pas encore où nous allons partir” me disaient des amis serbes avec lesquels nous passions l’été sur la côte adriatique croate. Je ne les ai plus jamais revus. Derniers appels téléphoniques d’une vie d’avant.

Moins d'un mois plus tard, démarre le siège de Sarajevo. Le 2 mai, il y a tout juste trente ans, le blocus de la ville par les forces serbes devient total. Le siège durera 1.425 jours.  La population est prise au piège comme dans une souricière et commence à rejoindre les abris. Ce jour-là, la télévision locale diffuse son premier “direct” dramatique avec le président Alija Izetbegovic.  Il s'exprime par téléphone, depuis la caserne où la JNA, l'armée fédérale serbe,  le retient pendant 24 heures. Le lendemain, des soldats de la JNA tentent de prendre le contrôle de la présidence, avant d’être repoussés dans leur première offensive majeure dans plusieurs points de la capitale.

 

Des tours jumelles en feu, dans le centre de Sarajevo, le 8 juin 1992 (AFP / Georges Gobet)

 

Ville de 350.000 habitants où vivaient en bonne intelligence musulmans, catholiques, orthodoxes et juifs, Sarajevo, réputée pour ses lumières, son architecture ottomane et austro-hongroise et la générosité de ses habitants, plonge sous un déluge d’acier.

Les forces serbes de Bosnie dirigées par leur chef militaire Ratko Mladic et leur chef politique Radovan Karadzic, un ancien psychiatre qui décrivait dans ses poèmes un “Sarajevo en flammes” assiègent la capitale sans répit. Le siège durera trois fois plus longtemps que celui de Stalingrad.

 

Ratko Mladic (gauche), et Radovan Karadzic (droite), le 5 août 1993 à Pale, fief serbe (AFP / Michael Evstafiev)

 

Comme Marioupol en Ukraine, la ville est privée d’eau, d’électricité, de nourriture, de médicaments, et sera pilonnée par des centaines d’obus et tirs d’artillerie depuis les hauteurs de la capitale tenues par les forces serbes. Quand j'écoute des témoignages d'Ukrainiens sur la guerre, j'ai l'impression d'écouter des cousins éloignés, leurs propos rappellent mot pour mot le vécu des victimes de la guerre en ex-Yougoslavie. 

Une main inconnue a écrit sur un mur  “Welcome to hell” résumant le cauchemar de la guerre qui emportera 11.541 vies à Sarajevo et fera près de 60.000 blessés.

 

Graffitti en anglais sur l'avenue surmomée Sniper alley, l'allée des snipers, dans le centre de Sarajevo, le 24 août 1993: "Welcome to Hell", "bienvenu en enfer" (AFP / Gabriel Bouys)

 

Les carcasses de voitures empilées et criblées de balles deviennent de fragiles remparts derrière lesquels les habitants s’abritent lorsqu’ils s’aventurent dans les rues pour se ravitailler. Un large drap est tendu entre deux immeubles dans la rue du Maréchal Tito pour permettre aux civils d’échapper aux lunettes de visée des snipers.

 

Sarajevo, le 24 juin 1992 (AFP / Christophe Simon)

 

L’aide humanitaire est erratique, en dépit de la mise en place d'un pont aérien, une sorte de cordon ombilical qui devait relier les habitants de Sarajevo au reste du monde. Elle est souvent bloquée par les forces serbes qui empêchent l’atterrissage de vols humanitaires. Dans la ville assiégée, les femmes s’épuisent à inventer des recettes sans aliments ou presque.

Je me souviens des “pita” à la purée de pommes de terre ou fourrées d’une bouillie de riz agrémentées d’herbes sauvages cueillies dans des jardins ou parcs. Ou encore des quelques grains de chapelure mélangés à de la levure, de l'oignon et de l’eau travaillés en boulettes pour faire office de “viande”.... Et des fleurs ramassées dans parcs et jardins pour faire du thé et de leurs racines broyées pour en faire du “faux café”.

Des privations humiliantes pour une population qui avant la guerre se faisait un point d’honneur d’avoir une table riche en plats et spécialités.

Les enfants encore en âge de jouer ont le regard durci. Et comment ne pas évoquer aussi leurs grands-parents, angoissés quand ils viennent à manquer de médicaments pour traiter leurs maladies chroniques.

 

Un enfant récupère de l'eau dans une flaque, s'abritant derrière une voiture, le 23 août 1993 (AFP / Gabriel Bouys)

 

De nombreuses personnes tombent sous les balles des snipers en allant chercher de l’eau aux points de collecte, leurs corps hâtivement ramassés à l’arrière de voitures, conduites à vive allure jusqu’aux morgues des hôpitaux.

 

Tempête de neige à Sarajevo, le 26 mars 1993 (AFP / Vincent Amalvy)
Transport de bois dans le centre de Sarajevo, le 31 août 1993. (AFP / Gabriel Bouys)

 

Le froid glacial dans cette ville de montagne qui a accueilli les JO d’hiver en 1984  deviendra rapidement une autre source de souffrances pour la population, contrainte de brûler des livres faute de bois pour trouver un peu de chaleur. Certains ont enterré leurs morts dans des armoires faisant office de cercueils, le tout dans un ancien site olympique, parfois sous le feu de l’artillerie serbe, où les tombes se multipliaient à perte de vue.

Le siège de Sarajevo a fauché aveuglément riches, pauvres, intellectuels, ouvriers, enseignants, femmes, enfants et hommes devenus soldats pour combattre une des principales puissances armées en Europe à l’époque - la JNA dominée dans sa structure de commandement par les Serbes -  alors que la Bosnie était frappée par un embargo sur les armes.

Pendant toute cette période, les appels à l’aide internationale se sont multipliés. La population était incrédule face à l’incapacité du monde dit  “civilisé” à mettre un terme aux tueries. 

 

Hélicoptère et char des Nations unies non loin de l'aéroport de Tuzla, en Bosnie (AFP / Pascal Guyot)

 

Nombreux étaient ceux qui se levaient persuadés que chaque jour pourrait être le dernier, et décidaient pourtant de “rester en vie” coûte que coûte, comme un acte de résistance absolue.

 

Deux jeunes femmes traversent une intersection au pas de course, par crainte des franc-tireurs. ( Archives de la guerre, sans date) (AFP / Pierre Verdy)

 

Comme ces femmes qui ont forcé l’admiration en affichant malgré tout une apparence soignée. Faute de produits de beauté, elles utilisaient pour leur visage une crème contre les brûlures à base d’huile de poisson, ou bien quelques gouttes d’huile d’olive pure puisées dans leurs dernières réserves. D’autres avaient recours à de vieux crayons de maquillage pour ombrer le coin de leurs paupières. Le bicarbonate de soude et des feuilles de menthe bouillies étaient utilisées comme déodorants.

Sur les autres lignes de front, la Bosnie ne connaissait aucun répit. Elle avait sombré dans une féroce campagne de nettoyage ethnique menée par les forces serbes : hommes exécutés sur le pas de leur porte devant leurs proches, massacres, villages en flammes. 

 

Un homme au chevet d'une femme blessée par un tir de mortier serbe, le 27 juin 1992 à Sarajevo, en route pour l'hôpital (AFP / Christophe Simon)

 

Les conquêtes territoriales serbes devaient aboutir à la création d’une “Grande Serbie”  avec l’unification des territoires sous leur contrôle en Croatie et en Bosnie au territoire de la Serbie mais elle ne verra jamais le jour, et finira en lambeaux. 

Les Serbes de ces territoires vivaient comme au XVème siècle, sans électricité, eau et dépendaient pour la plupart de l’aide humanitaire, sans leurs amis ou voisins d’autrefois appartenant à une autre ethnie.  

Une autre “guerre dans la guerre” éclatera entre forces croates de Bosnie, appuyées par Zagreb, et forces gouvernementales bosniaques, majoritairement musulmanes, en 1993, conduisant à des affrontements violents comme à Mostar, où le Stari Most (le Vieux Pont), bijou architectural ottoman, a été détruit par des obus croates. Les civils sont là encore victimes de crimes et souffrances atroces. 

 

Pont provisoire à Mostar, le 17 décembre 1995 (AFP / Pascal Guyot)

 

La Bosnie n’en finit pas d’être dépecée. Je revois les scènes d’exode de la population rurale et les images qui ont fait le tour du monde de camps de détention tenus par les Serbes comme à Omarska, dans le nord du pays.

Les combats dureront jusqu’au génocide à Srebrenica, ville placée sous protection de l’ONU dans l’est, où 8.000 hommes et adolescents musulmans ont été exécutés après la conquête serbe de la ville, en juillet 1995, dernier chapitre sanglant de la guerre en Bosnie.

Cette guerre, c’était comme une visite au cimetière qui ne finit jamais. Dans ce conflit, j’ai perdu des membres proches de ma famille, des amis. D’autres ont disparu sans laisser de traces. D’autres encore ont été grièvement blessés près de Sarajevo et évacués vers des destinations inconnues. Certains se sont exilés en Australie ou bien au Canada pour ne pas recevoir l’ordre de “tuer” un voisin ou un camarade d’enfance. Ma famille paternelle, en Croatie, a aussi été endeuillée. 

 

Un militaire croate réconforte une vieille femme dont la maison a été détruite dans un bombardement, en janvier 1992, en Croatie, où une guerre a déjà éclaté en 1991, les Serbes refusant l'indépendance. (AFP / David Brauchli)

 

A l’époque, les journalistes qui partaient sur le terrain sautaient dans le premier avion sans avoir un quelconque entraînement pour travailler en zone de guerre. Certains indépendants s'y rendaient avec toutes leurs économies, décidés à couvrir le premier conflit d'ampleur en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Comme en Ukraine, les équipes de l’AFP se relayaient sans relâche. En revanche, nous n’avions presque aucun gilet pare-balle ni casque. Et ceux qui en disposaient refusaient souvent de les porter car ils étaient à l’époque trop lourds pour courir. Ils étaient mal à l’aise à l’idée de porter leurs gilets en interviewant des civils sans protection.

Avec du scotch blanc, nous formions un grand sigle TV ou Press sur nos voitures pour nous identifier, une protection bien illusoire comme pour hurler aux belligérants “don’t shoot”... Faute de téléphone portable à l’époque, nous devions parfois parcourir de longues distances pour dicter nos informations d’un hôtel ou d’un bureau de poste, avant de repartir sur zone. Internet n’existait pas, les chaînes d’informations en continu étaient rares, et surtout américaines. Les reportages télé passaient généralement  aux heures du JT.

 Je me souviens des  journalistes de radios, qui multipliaient leurs interventions à l’antenne pour crier au monde les horreurs de la guerre en Bosnie. Mais rien ne s’améliorait sur le terrain.

 

 

Rapidement, l’origine ethnique des journalistes locaux, dont je faisais partie, était devenue un réel danger. Je ne pouvais plus passer les “check-points ennemis”. Je n’étais plus une femme diplômée, une journaliste libre, j’étais réduite au rang d’ “éthnie” par des hommes en armes défigurés par la haine. Je devais me rabattre sur les zones qui n’étaient pas contrôlées par les forces serbes. 

Nous étions confrontés aussi à la propagande des trois camps belligérants, serbe, croate et musulman. Il nous était impératif d’avoir d’autres sources, de recouper et de vérifier les informations. Je passais donc des journées entières à tenter de joindre au téléphone des sources internationales dans les zones assiégées, pour parler à des témoins, obtenir des confirmations.  

Cette période a été importante aussi pour de nombreuses femmes journalistes qui sont sorties de l’ombre et se sont affirmées dans la profession. La guerre n’était plus que l’affaire des hommes, à quelques exceptions notables près dans d’autres conflits. Malgré la concurrence, nous travaillions en bonne intelligence, en nous protégeant mutuellement.

 

 

Les civils, eux, nous attrapaient par le bras pour nous souffler “Dites au monde ce qui se passe ici”.  Mais aucune de nos innombrables dépêches ou photos n’aura finalement renversé le cours de la guerre en ex-Yougoslavie, qui aura aussi emporté les vies de plusieurs dizaines de journalistes. 

Trois décennies après le début de la guerre en Bosnie, je garde encore en mémoire les images de femmes vacillant de douleur après la perte d’un enfant ou d’un proche qui suppliaient le ciel pour qu’ils  “ouvrent les yeux”. Je repense à l’odeur insupportable de la mort.

Et à toutes ces photos de mariage et de bonheur familial éparpillées dans les jardins.

 

A Srebrenica, le 25 avril 1993 (AFP / -)

 

La Bosnie d’avant-guerre n’existe plus depuis bien longtemps. L’accord de paix de Dayton ratifié en décembre 1995 a divisé le pays en deux entités constitutives, la République serbe d’une part et la Fédération croato-musulmane d’autre part.  Aujourd’hui, ces deux entités apparaissent plus éloignées que jamais et la méfiance est grande encore entre les peuples.

La guerre en Ukraine a réveillé des traumatismes enfouis chez des habitants à Sarajevo qui se sont rués dans les magasins pour faire des stocks de farine mais aussi pour acheter des capsules d’iode en cas d’attaque nucléaire.

Comme cet ancien vétéran qui “regarde la guerre en Ukraine à la télévision”. “Les  immeubles et les maisons là-bas (en Ukraine) ressemblent aux nôtres, c’est comme si je regardais la guerre dehors depuis la fenêtre de ma cuisine. Le matin, je me réveille en hurlant après avoir fait des cauchemars. J’ai peur maintenant”, m’a-t-il confié. Comme si l’état de “siège” était de retour dans les esprits.

                              

Ancienne position d'un sniper, sur les flancs du mont Trebevic ayant une vue plongeante sur la capitale 2 avril 2012 (AFP / Elvis Barukcic)

Récit de Sonia Bakaric, journaliste au Desk francophone de l'AFP à Paris. Edition et mise en page, Michaëla Cancela-Kieffer

Sonia Bakaric