L’enfer aux portes de Marseille

MARSEILLE – Vers quatre heures de l’après-midi, je reçois un coup de téléphone d’un collègue qui me prévient qu’on peut voir « de superbes panaches de feu » du côté de Les Pennes-Mirabeau, au nord de Marseille. Les feux de garrigue sont fréquents en été dans cette région. Je me dis que cela peut faire de bonnes images, sans me douter de la gravité de la situation. Je pars sur place en compagnie de la reporter texte Julie Pacorel en pensant en avoir pour deux ou trois heures maximum.

Près de vingt-quatre heures plus tard, je suis encore sur place.

(AFP / Boris Horvat)

En arrivant sur le terrain, je constate tout de suite que le panache de feu que m’a décrit mon collègue, c’est du costaud ! Attisées par la sécheresse et un vent violent, les flammes se propagent à toute vitesse. Ça pète de partout. J’ai couvert de nombreux feux de forêt dans le sud de la France, mais celui-ci, c’est sans aucun doute le pire. L’étendue qui brûle est immense, et l’incendie fait rage dans une zone densément peuplée aux portes de la deuxième ville de France. La situation est extrêmement dangereuse et je me dis que Marseille va avoir très chaud…

Le feu s'approche de Vitrolles, le 10 août (AFP / Boris Horvat)

En arrivant près d’un rond-point aux Pennes-Mirabeau, je vois jaillir juste devant moi des flammes de vingt ou trente mètres de haut. C’est l’enfer. Il règne une chaleur suffocante. Je me prends des scories dans les yeux. Comme je ne pensais partir que pour un reportage que quelques heures, je porte mes habits habituels et de simples baskets. Au bout d’une journée dans la fumée, je pense que je vais devoir prendre au moins trois douches pour retrouver une odeur corporelle normale. Quant à mes vêtements, il me faudra les passer plusieurs fois à la machine à laver avant de pouvoir les remettre.

(AFP / Boris Horvat)

Je me poste en haut d’un pont pour photographier le ballet des Canadairs. Les avions tournent jusqu’à la tombée de la nuit. Après quoi, ils sont remplacés par les hélicoptères qui continuent à déverser de l’eau sur l’incendie jusqu’à environ une heure après le coucher du soleil.

(AFP / Boris Horvat)
(AFP / Boris Horvat)

 

Les flammes progressent à toute vitesse, hors de contrôle. Elles sautent par-dessus les routes. Elles sautent par-dessus l’autoroute. Elles brûlent tout sur leur passage. Dans la soirée, les pompiers acceptent de m’emmener dans un de leurs camions pour que je puisse m’approcher un peu plus près de l’incendie. A certains moments, nous devons foncer à toute vitesse pour ne pas risquer d’être encerclés. La végétation, ici, est essentiellement faite de garrigue et d’herbes sèches. Tout peut s’embraser d’un instant à l’autre sans qu’on le voie venir.

(AFP / Boris Horvat)

Cet incendie est un des plus graves à avoir frappé la région ces dernières années. Il est très rare que le feu s’approche de si près des grandes agglomérations. Au final, il n’a fait que trois blessés, mais de nombreuses maisons et bâtiments industriels ont été détruits, et des milliers d’habitants en ont été quittes pour passer la nuit dans des gymnases.

Cet article a été écrit avec Roland de Courson à Paris.

(AFP / Boris Horvat)
Une habitante de Vitrolles arrose son terrain pour tenter d'éviter qu'il ne brûle, le 11 août (AFP / Boris Horvat)
Une maison détruite par l'incendie à Les Pennes Mirabeau, le 11 août (AFP / Boris Horvat)

 

Boris Horvat