Une plage de Salamine, polluée par du pétrole après le naufrage d'un tanker, près d'Athènes. 14 septembre 2017. (AFP / Angelos Tzortzinis)

Catastrophe silencieuse

Salamine (Grèce) -- A 16 ans, j'y avais passé l'été à me baigner. La mer y était claire. Maintenant tout a changé. La « petite » marée noire qui a frappé l'île de Salamine et la riviera athénienne après le naufrage, le 10 septembre, d'un tanker au large de la capitale grecque n'a pas fait la une ailleurs dans le monde. Les autorités l’ont jugée gérable. Mais elle mérite que l'on s'y arrête, pour illustrer au plus près la fragilité de notre environnement.

Sur une plage de Salamine, 12 septembre 2017. (AFP / Angelos Tzortzinis)

 

En 2001, j'avais passé l’été avec un ami à Salamine. L'île est toute proche d'Athènes, il est facile et pas cher d'y aller pour passer la journée. Je me souviens encore de ses eaux claires. 

Sur la plage de Faliro, à Athènes, en face de Salamine, le 2 octobre 2016. (AFP / Angelos Tzortzinis)
Dans la baie de Salamine, souillée par le pétrole, le 12 septembre 2017. Quelques jours plus tard la pollution au mazout a gagné le port du Pirée et des quartiers balnéaires près d'Athènes. (AFP / Angelos Tzortzinis)

 

 

Je n'y étais pas retourné, jusqu'au naufrage du tanker Agia Zoni II. Il contenait 2.200 tonnes de pétrole, à comparer au désastre de l'Amoco Cadiz (220.000 tonnes).

 Les deux premiers jours, personne n'a réalisé l'ampleur de la pollution, et quand j'ai pris le bateau le 12 septembre pour l'île, je ne savais pas ce qui m'attendait. Je suis d'abord allé sur la plage Selinia. Et c'est là que j'ai vu la mer noire, senti la forte odeur du pétrole.

Sur une plage de Salamine, le 12 septembre 2017. (AFP / Angelos Tzortzinis)

 

J’ai ressenti une immense tristesse, j'étais désorienté. Cette mer bleu azur qui est en quelque sorte le signe distinctif de la Grèce, que j'ai si souvent photographiée dans toutes ses nuances,  m'est apparue comme malade,  changée. En même temps, elle conservait une beauté, mais  paradoxale, inquiétante.

Je suis ensuite revenu sur l'île plusieurs jours d'affilée, pour illustrer cette catastrophe silencieuse que le mazout provoque sur les rivages, quand il s’y fond.

J’y y allé à l’aube, pour saisir cette lumière-là.

Salamine, 12 septembre 2017. L'Agia Zoni II, un petit bâtiment de 91 mètres construit en 1972 et battant pavillon grec, a sombré deux jours plus tôt en pleine nuit, pour une raison encore imprécise, alors qu'il était à l'ancre entre le sud-est de l'île et le Pirée, le grand port d'Athènes. (AFP / Angelos Tzortzinis)

 

Pour rendre au mieux la transformation du paysage, j'ai utilisé des temps d’exposition longs, 30 secondes ou une minute, pour montrer à la fois le mazout qui avait été absorbé et celui qui recouvrait encore l’environnement naturel.

Salamine, 12 septembre 2017. (AFP / Angelos Tzortzinis)

 

Pour Salamine et ses habitants, le coup est dur, y compris au niveau économique. C'est une île populaire, surtout fréquentée par les habitants de la zone portuaire et industrielle qui s'étend autour du Pirée, face à ses côtes.

Maintenant elle est empuantie par l'odeur du mazout, dont les masses noires empoisonnent les fonds marins. Les pêcheurs de la zone sont provisoirement au chômage. Les autorités se veulent rassurantes, annonçant que la côte sera nettoyée d'ici quelques semaines, et sur toutes les plages, des équipes de nettoyeurs s'activent. Mais  je crains que les conséquences en soient durables. 

14 septembre 2017, la pollution a gagné des plages proches d'Athènes. Cinq jours après que le tanker ait coulé. (AFP / Angelos Tzortzinis)
Nettoyage, sur une plage proche d'Athènes. 14 septembre 2017. (AFP / Angelos Tzortzinis)

 

 

Angelos Tzortzinis