Des poules, des poissons et des péchés

Jérusalem -- Cette époque de l’année occupe toujours beaucoup les photographes de presse en Israël. Entre Roch Hachana, le nouvel an juif, et Yom Kippour, la fête la plus sacrée du calendrier religieux, il y a pléthore de célébrations dans la communauté des ultra-orthodoxes, qui offrent autant d’occasion de prendre des photos vraiment surprenantes.

L’une des plus exotiques, Kaparot, implique des poules et a lieu quelques jours avant Yom Kippour, le Grand Pardon. Selon la tradition, faire tourner une poule trois fois au-dessus de votre tête transfère vos péchés au volatile. Cela peut paraître bizarre pour beaucoup mais c’est parfaitement naturel pour les ultra-orthodoxe et cela donne d’excellentes photos.

Octobre 2011 (AFP / Menahem Kahana)

Mon endroit favori pour photographier la scène est à Mea Sharim, un quartier de juifs ultra-orthodoxes à Jérusalem-Ouest. J’y vais depuis des années et j’aime vraiment l’atmosphère de l’endroit. C’est une communauté vraiment très soudée, où les habitants s’habillent et vivent comme ils le faisaient déjà il y a des centaines d’années.

Ici, tout le monde se connait. Le sens de la famille est essentiel, avoir beaucoup d’enfants est encouragé et d’ailleurs on en voit partout. Il est courant de voir passer des enfants de six ou huit ans partant seuls à l’école. C’est peut-être parce qu’il y a tellement de monde entassé dans un endroit si petit qu’il a l’air si vivant. Tout le monde discute, fait des courses, vaque à ses occupations.

Septembre 2007. (AFP / Menahem Kahana)

Kaparot est un moment très important. Quelques jours avant Yom Kippour,  les familles font de longues queues devant des abattoirs installés pour l’occasion. Elles achètent une poule, procèdent à la cérémonie et rapportent l’animal à l’abattoir pour qu’un rabbin le tue selon une méthode cachère, conforme à la loi religieuse juive.  En général la poule est donnée à des œuvres de charité.

Comme toujours avec les juifs orthodoxes, il existe quantité de règles, que les fidèles observent à des degrés divers. Certaines personnes s’assurent par exemple que leur poule fasse quatre pas avant de la faire tournoyer, pour s’assurer ainsi qu’elle est bien vivante. D’autres feront tourner une seule poule au-dessus de la tête de toute la famille. D’autres encore en feront tourner deux s’il s’agit d’une femme enceinte.

(AFP / Menahem Kahana)

Les habitants de Mea Charim n’ont pas toujours bonne réputation aux yeux de l’extérieur. Ils s’accrochent à des traditions centenaires, et cela les met parfois en conflit avec le monde moderne. Par exemple ils ne conduisent absolument jamais durant le shabbat - le repos hebdomadaire des juifs le samedi-  et les voitures qui se risquent dans leur quartier ce jour-là risquent de se prendre une pierre.

Mais personnellement je me sens comme chez moi ici. J’y viens depuis des années, j’y connais de gens, j’y ai des amis. J’aime bien l’atmosphère de l’endroit. Vu de l’extérieur ils n’ont pas changé depuis des siècles, ils font les choses comme ils les ont toujours faites et en même temps ils ont des smartphones. Et pour ce qui est des photos, j’ai rarement eu des ennuis avec les habitants. Ça leur est égal d’être photographiés , ils continuent leurs petites affaires.

(AFP / Menahem Kahana)

J’ai plus de problèmes avec les étrangers au quartier. Cette année, un type qui n’était pas du coin m’a demandé pourquoi je prenais des photos et ce que je comptais en faire. Kaparot est sujet à controverses, notamment de la part de défenseurs de la cause animale. J’imagine que le bonhomme s’imaginait que je voulais prendre des photos pour les refiler à ce genre d’activistes et voulait prendre la défense des haredim, les ultra-orthodoxes. C'est paradoxal mais ceux qui me cherchent noise sont souvent des laïcs. Ils craignent peut-être que leurs amis apprennent qu’ils suivent ce rite

(AFP / Menahem Kahana)
(AFP / Menahem Kahana)

 

Une autre célébration sortant de l’ordinaire à cette époque de l’année est Tashlisch, une prière où cette fois ce sont des poissons que l’on charge de ses péchés. Il faut donc la tenir devant une pièce d’eau avec des poissons dedans.  Certains ultra-orthodoxes se déplacent au bord de la mer, ce qui procure des images intéressantes, avec des religieux en tenue et en prière non loin de laïcs en bikini qui bronzent sur la plage.

Ashdod, Octobre 2016 (AFP / Menahem Kahana)

D’autres vont près d’une rivière ou d’une source. D’autres encore se procurent une piscine en plastique, y mettent quelques poissons,  et prient devant la synagogue.

Bnei Brak, près de Tel-Aviv, Septembre 2010. (AFP / Menahem Kahana)

Enfin il a la fête de Yom Kippour proprement dite, qui est toujours intéressante à photographier. Quasiment tout le pays s’arrête, l’aéroport ferme, très peu de gens conduisent et la plupart des magasins sont clos. C’est la fête la plus importante de la religion juive et même de nombreux laïcs l’observent.   

Les endroits grouillant habituellement de monde dans les quartiers très religieux ressemblent à des scènes de films de science-fiction. Là où d’habitude se pressent les gens et roulent les voitures, tout est désert. Ca fait d’excellentes photos.

Tel-Aviv, Octobre 2014. (Getty Images/AFP / Ilia Yefimovich)

On prend ces clichés tous les ans mais à chaque fois on cherche un angle diffèrent. On trouve toujours quelque chose d’original, sauf moi cette année. J’ai pris ma journée pour l’occasion

Ce blog a été écrit avec Yana Dlugy à Paris et traduit par Pierre Célérier.

Menahem Kahana