Une jeune manifestante blessée lors d'affrontements à Istanbul, le 12 mars 2014 (AFP / Bulent Kilic)

Bülent Kiliç : de Taksim à Kobané

LA HAYE, 12 février 2015 – Le photographe turc de l’AFP Bülent Kiliç a remporté le 12 février deux prix du prestigieux concours de photojournalisme World Press Photo 2015, dont la principale récompense est allée au Danois Mads Nissen pour une image d’un couple homosexuel en Russie.

Bülent Kiliç a gagné le 1er prix de la catégorie « Spot News » (« actualité chaude ») pour la photo d’une jeune femme qui venait d'être blessée lors d'affrontements entre police et manifestants à Istanbul en mars 2014. « Cette fille avait peut-être quinze ou seize ans », raconte le photographe. « Elle était juste venue protester. Elle n'avait aucun moyen d'attaquer la police. Quand j'ai pris la photo, j'ai vu la terreur pur dans son regard. Je suis heureux que le prix reconnaisse son histoire ». 

Il a aussi remporté le 3ème prix dans la même catégorie pour une image d'une frappe aérienne contre une position du groupe de l'Etat islamique (EI) sur une colline surplombant Kobané, en Syrie, en octobre 2014. Le reporter vidéo Mostafa Abulezz, qui l’accompagnait ce jour-là, avait décrit sur ce blog le bombardement auquel les deux journalistes avaient assisté par hasard depuis le côté turc de la frontière. « Quelques fois, c'est juste une question de chance », commente Bülent.

Frappe aérienne contre la une colline tenue par des combattants du groupe Etat islamique dans les environs de Kobané, en Syrie, le 23 octobre 2014Frappe aérienne contre la une colline tenue par des combattants du groupe Etat islamique dans les environs de Kobané, en Syrie, le 23 octobre 2014 (AFP / Bulent Kilic)

Bülent Kiliç est un photojournaliste de 35 ans basé à Istanbul. Il a été sacré « photographe de l’année » en 2014 par le magazine américain Time et le quotidien britannique The Guardian pour ses reportages à la frontière syrienne, en Ukraine et en Turquie. Le 28 janvier dernier, il avait été un des premiers journalistes à entrer dans Kobané lors de la libération de la ville par les combattants kurdes après quatre mois de combats acharnés contre les djihadistes de l’EI.

« C'est le concours de photographie le plus prestigieux au monde, c'était un rêve depuis une dizaine d'années », se félicite Bülent. « Parfois, on part en mission pour des semaines, voire des mois. Parfois, on n'a ni nourriture, ni douche, on ne dort pas. Parfois, on risque sa vie. C'est bien de voir que ce travail est reconnu ».

La mère d'Abdolah Hosseinzadeh, un jeune Iranien poignardé dans une rixe en 2007, gracie in extremis le meurtrier de son fils en le giflant sur l'échafaud le 15 avril 2014La mère d'Abdolah Hosseinzadeh, un jeune Iranien poignardé dans une rixe en 2007, gracie in extremis le meurtrier de son fils en le giflant sur l'échafaud le 15 avril 2014 (AFP / Arash Khamooshi / Isna)

Sur le point d'être exécuté en public, un meurtrier est giflé puis gracié in extremis par la mère de sa victime à Noor, en Iran, le 15 avril 2014 (AFP / Isna / Arash Khamooshi)

Toujours au World Press Photo, le photographe iranien de l’agence Isna Arash Khamooshi a reçu un prix pour son impressionnante série de photos sur la grâce d’un condamné à mort en Iran par la mère de la victime. Ces images, dont le photographe avait raconté l’histoire sur ce blog, avaient été diffusées par l’AFP.

Les images avaient été soumises au concours par 5.692 photographes de 131 pays. Le jury a récompensé 42 photographes de 17 nationalités dans huit catégories. Mais près de 20% des images qui avaient atteint l'avant-dernière sélection ont été rejetées à cause de retouches.  « Le jury a été très déçu de découvrir à quel point certains photographes ont été négligents dans l'édition de leurs photos pour le concours », a déclaré dans un communiqué le directeur du World Press Photo, Lars Boering. « Il apparaît que certains photographes ne peuvent s'empêcher d'augmenter la qualité visuelle de leurs photos, en retirant de détails pour nettoyer l'image ou par des changements de lumière ou de couleur excessifs qui constituent un changement de l'image ».

Maude BRULARD (AFP La Haye)