Image prise à l'aide d'un appareil photo télécommandé de Barack Obama se dirigeant vers l'East Room de la Maison-Blanche pour une conférence de presse, le 9 février 2009 (AFP / Saul Loeb)

A distance respectable

WASHINGTON, 16 février 2015 – Les photographes qui couvrent la Maison Blanche sont confrontés à un grand nombre de restrictions ayant trait aux moments et aux endroits où ils peuvent photographier le président des Etats-Unis. Pour la plupart des événements, nous ne pouvons travailler qu’à l’intérieur des espaces qui nous ont été assignés. Nos mouvements sont limités, et du coup cela limite aussi nos choix pour prendre des images.

Une des techniques pour contourner ce problème consiste à placer des appareils télécommandés aux endroits où nous ne pourrons nous trouver physiquement. Cela peut être tout en haut dans un coin de la pièce, ou bien derrière la tribune présidentielle ou bien quelque part sur l’estrade. Pour des raisons évidentes de sécurité et de logistique, il est impossible pour un photographe (à plus forte raison pour tous les photographes d’agence accrédités à la Maison Blanche) de se poster à ces endroits. Il serait très étrange de voir un reporter perché au sommet d’une échelle derrière le président pendant une conférence de presse et le Secret Service n’apprécierait pas.

Le photographe de l'AFP Saul Loeb ajuste ses appareils télécommandés avant une conférence de presse conjointe Obama-Merkel à la Maison-Blanche, le 9 février 2015Le photographe de l'AFP Saul Loeb ajuste ses appareils télécommandés avant une conférence de presse conjointe Obama-Merkel à la Maison-Blanche, le 9 février 2015 (photo: Ken Cedeno)
Le résultat...Le résultat... (AFP / Saul Loeb)

L’usage de télécommandes en photographie n’a rien de nouveau. Cela permet de trouver angles inhabituels. Les photographes sportifs les utilisent depuis des années pour prendre des images depuis les panneaux pendant les matches de basket-ball, depuis le fond de la piscine pendant les compétitions de natation, ou depuis le plafond du stade pendant les matches de hockey sur glace.

En politique, c’est la même chose : il s’agit d’offrir au public une vue impossible à avoir en temps normal sur un événement. En utilisant des mini-trépieds et des pinces spécialement conçues pour cet usage, nous pouvons placer des appareils photo à peu près n’importe-où. L’appareil est déclenché à l’aide d’une télécommande ou, dans certains cas, il est programmé pour prendre une photo à un moment déterminé.

La prestation de serment du président Barack Obama à Washington, photographiée à l'aide d'un appareil télécommandé placé sur le toit du Capitole, le 21 janvier 2013La prestation de serment du président Barack Obama à Washington, photographiée à l'aide d'un appareil télécommandé placé sur le toit du Capitole, le 21 janvier 2013 (AFP / Saul Loeb)

Par exemple, pour la cérémonie de prise de fonctions de Barack Obama en 2013, j’avais placé un appareil télécommandé sur le toit du Capitole plusieurs jours avant. Une minuterie était réglée pour déclencher l’appareil à l’heure prévue pour la prestation de serment du président. Pour des raisons de sécurité, aucun photographe n’était autorisé à se rendre sur le toit du Capitole dans les 48 heures qui précédaient l’événement.

Dans un environnement aussi contrôlé que la Maison Blanche, il faut parfois négocier pour réussir à placer ses appareils où l'on veut. Par exemple, les attachés de presse peuvent refuser qu'un boîtier soit placé trop près du président, ou bien dans un angle où il sera visible à la télévision et gâchera l'esthétique de l'image. Il y a toujours une part de hasard aussi: la télécommande peut refuser de fonctionner, ou ne pas prendre la photo de la façon que vous vouliez. Avec tous les signaux radio qui circulent dans les environs, des interférences peuvent se produire. Le sujet peut ne pas se comporter comme prévu et sortir du cadre. Il est également très facile de se tromper dans ses réglages, puisque la mise au point et l'exposition sont effectuées à l'avance, sans que le sujet ne soit encore présent...

Photo prise à l'aide d'un appareil télécommandé du président George W. Bush, de la première dame Laura Bush, du vice-président Dick Cheney et de son épouse Lynne Cheney observant une minute de silence là la Maison-Blanche le 11 septembre 2007, àPhoto prise à l'aide d'un appareil télécommandé du président George W. Bush, de la première dame Laura Bush, du vice-président Dick Cheney et de son épouse Lynne Cheney observant une minute de silence là la Maison-Blanche le 11 septembre 2007, à la mémoire des victimes des attentats six ans plus tôt (AFP / Saul Loeb)
La même cérémonie, vue depuis l'emplacement assigné aux photographesLa même cérémonie, vue depuis l'emplacement assigné aux photographes (AFP / Saul Loeb)

Bref, il est courant que la photo que nous avions en tête ne soit finalement jamais prise et nous ne sommes fixés qu'après l'événement même si désormais, nous sommes en mesure d’ajuster à distance les réglages de nos appareils photo à l’aide de nos téléphones portables: nous pouvons voir ce que voit l’appareil et prendre la photo même lorsque nous ne nous trouvons pas dans la même pièce.

En tant que photographes de presse, nous sommes toujours à la recherche d’angles nouveaux et surprenants, et les appareils télécommandés sont un excellent outil pour cela. A condition de croiser les doigts pour que tout fonctionne comme prévu...

Saul Loeb est un photographe de l'AFP accrédité à la Maison Blanche à Washington. Il a obtenu en février 2015 un des prix de l'Association des photographes de presse de la Maison Blanche (WHNPA), laquelle a également récompensé les photographes de l'AFP Brendan Smialowski et Jewel Samad. 

Une conférence de presse du président Barack Obama à la Maison-Blanche le 18 août 2014, photographiée à l'aide d'un appareil télécommandé accroché dans un coin de la pièceUne conférence de presse du président Barack Obama à la Maison-Blanche le 18 août 2014, photographiée à l'aide d'un appareil télécommandé accroché dans un coin de la pièce (AFP / Saul Loeb)